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L’analogie de Boris Vian fait sens à la fois sur le fond et la forme. En effet, le musette est à la France ce que le blues est aux États-Unis. Dans les deux cas, la musique est une musique de danse, pour rassembler et distraire les classes laborieuses après une semaine de travail, et qui parle de leurs vies, de leurs espoirs et de leurs peines. En tous cas, c’est ce qu’était le musette à ses origines, quand il fut élaboré par des immigrés auvergnats et italiens dans le Paris de la première moitié du XXe siècle. On pourrait de ce point de vue tout autant le rapprocher de la country, mais sans doute était-elle moins bien connue que le blues, en France à la fin des années 40 – date probable de l’expression de Vian.
La France ayant majoritairement oublié son héritage discographique d’avant la seconde guerre mondiale, le musette n’est plus considéré aujourd’hui que comme une musique croulant sous les clichés ringards, oubliant ses racines, ses évolutions et sa richesse.
Contre toute attente, deux zazous et un apache se sont lancés dans l’écriture de son histoire ! Un projet ambitieux réunissant un livre, une compilation et une discographie. C’est à cette occasion que j’ai questionné Christian Van Den Broeck, Dominique Cravic et Robert Crumb sur leur vision du musette, son histoire et sur ce projet inédit. Entretiens réalisés en septembre 2022 en présentiel (RC) et distanciel (DC, CVDB).

Dominique Cravic, Robert Crumb, Christian Van Den Broeck
10 février 2022 (Photo: Claire Elzière).

Comment définiriez-vous le musette, en tant que genre musical ? 
RC : Le musette, c’est la musique de la classe ouvrière des années 20 à 40, avec l’accordéon comme instrument principal.
DC : Le musette est une musique de rencontre, de frottement, comme toutes les musiques d’ailleurs, qui sont à un moment des mélanges et des rencontres. C’est l’accordéon, c’est Paris, oui. Mais ça n’a pas toujours été que ça. C’est une musique d’abord populaire, qui fait danser, très belle, avec différents niveaux de sophistication. On peut jouer pour la danse, avec de jolies mélodies, tout comme on peut devenir un grand instrumentiste et un virtuose qui n’a rien à envier aux jazzmen. 

Dans l’inconscient collectif, le musette est parisien et se joue à l’accordéon. Hors, c’est d’abord une danse, accompagnée d’un instrument à vent bien antérieur au XXe siècle. Comment décririez-vous son évolution au cours du XXe siècle ? 
DC : Il y a des gens qui sont des immigrés, considérés officiellement comme la peste brune, les auvergnats ! Ils montent à Paris, et vendent du charbon pour vivre. La communauté est importante, et elle a besoin de distractions, de bonheur…Ils ont le dimanche pour eux, et donc il y a des réunions avec des musiciens qui jouent avec des instruments auvergnats traditionnels (la cabrette, la musette, l’accordéon diatonique). Les orchestres sont de très petits groupes…des duos, des trios. Le confort est minimum, mais ils font danser les gens qui ont travaillé toute la semaine et qui ont besoin de ça, de se retrouver, de partager, de s’amuser.
Ces auvergnats rencontrent les italiens fraichement immigrés. Les Italiens jouent de l’accordéon, qui est chromatique. Ce sont des instrumentistes avec beaucoup de bagage et de technique. Cette rencontre est symbolisée par le mariage d’un des frères Peguri, italien, et la fille d’Antoine Bouscatel, auvergnat. Lors de ces rencontres, la musique était d’abord très traditionnelle et puis elle devient de plus en plus sophistiquée sous l’influence des Italiens. 
CVDB : Une douzaine d’accordéonistes installés à Paris à cette époque (Coïa, les Peguri, Vacher, Felhlman, etc.) travaillent ensemble afin d’améliorer l’instrument, la technique et développent une nouvelle musique de danse fusionnant différents styles musicaux (folklore auvergnat, mélodie italienne et les succès du jour). Ils sont en contacts étroits avec les virtuoses belges et de la région de Lille. Ces derniers apporteront surtout leurs connaissances musicales et leur technique et repartiront avec la nouvelle musique parisienne. Le musette à l’accordéon, bien qu’ayant été influencé par le musette à la cabrette joué auparavant, est une nouvelle musique distincte. Plus tard dans les années vingt, nous retrouvons des disques de musette joués effectivement sans accordéon, au banjo ou au xylophone, mais ce sont des exceptions.
RC : Tout ce que je sais du musette vient des disques. Ça ne commence pas vraiment avent le milieu des années 20, et ça devient vraiment intéressant à la fin de la décennie – à mon avis. Et puis il y a les années 30 qui sont vraiment l’âge d’or du musette que j’aime. Les anciens jouaient des chansons populaires, même des airs populaires américains, et puis des valses françaises, des mazurkas, souvent d’origines italiennes, même des valses viennoises. Le musette est devenu terriblement éclectique pendant les années 30, de plus en plus sophistiqué. Et puis le swing-musette est apparu, vers 1935 avec Guerino, Tony Murena, Gus Viseur et des gens comme ça. Et ça devient un genre en soi. La vieille école continue à coté, mais ça devient de moins en moins intéressant, voir ringard avec les années 40, pour mes propres goûts.

Après être tombé en désuétude, voir ringardisé, pendant plusieurs décennies, le genre semble soulever à nouveau de l’intérêt. S’agit-il pour vous d’un simple effet de mode générationnelle ou d’une réappropriation culturelle profonde ? Est ce que le fait que certains collectionneurs très médiatisés comme Robert Crumb assumant et vantant leur intérêt pour le genre participe à ce regain d’intérêt selon vous ? 
DC : Au début des années 60 le Yéyé a déferlé sur la France, et cette musique dérivé du Rock N Roll américain a remplacé l’accordéon dans les bals populaires. L’accordéon est resté en soutien des grands chanteurs et chanteuses français(es), comme Brel etc. Mais les accordéonistes se sont retrouvés ringardisés par la jeunesse et n’ont pas su se réinventer et ont aggravé leur propre ringardisation. 
A la fin des années 80, j’ai lancé Les Primitifs du Futur, qui était et est toujours bien plus que du musette, mais il y a des éléments. Robert Crumb, qui est un grand amateur de musette, a enregistré et tourné avec nous, et ça a participé à attirer l’attention sur le groupe, notamment des journalistes qui ne savaient pas toujours comment traiter la question !
Au début des années 90, il y a eu le projet Paris Musette sur le label indépendant La Lichère de Patrick Tandin. Didier Roussin, qui dirigeait la production, voulait battre le rappel des grands accordéonistes, en mélangeant les anciens et les nouveaux virtuoses, en les faisant jouer dans un contexte plus prestigieux que ce qu’ils avaient connu pendant la fin de leurs carrières. Il y a eu 3 volumes, des valses musette du répertoire avec quelques compositions originales, soutenu par des orchestres plutôt jazz. Ça a bien fonctionné, avec de bonnes ventes et beaucoup de concerts à succès, même à l’international (au Japon et au festival de jazz de Montréal notamment). Ça a créé une sorte de revival, une réappropriation d’un patrimoine relancé, intéressant la presse qui relayait un peu tout ça. Et puis il y a eu La chance aux chansons, qui n’a pas eu que de de mauvais effets sur cette musique… 

Robert, tu ne ressens pas ce regain ?
RC : Tout ce que je sais, c’est que je n’en vois plus autour de moi, là où j’habite. Je ne sais pas comment ça se passe à Paris, mais ici, je vois de moins en moins d’accordéon. Il y en a eu, il y en avait encore dans les années 90 et début 2000, qui jouaient de l’accordéon dans les cafés, avec du public qui chantait en cœur. Ça, je ne le vois plus, l’accordéon devient de plus en plus rare.
Il y a des stéréotypes associés à l’accordéon et à Paris. Aux États-Unis, à la télé, dans les publicités, dès que ça touche à la France ou Paris, il y a toujours un accordéon ringard, désuet qui joue en fond. Je pense que les intellectuels branchés français sont embarrés par ces stéréotypes, de l’accordéon comme représentant de la musique française. Alors ils rejettent tout ça, et ne veulent rien à voir à faire avec tout ça. Ils sont embarrassés par tout ce que représente l’accordéon.

Comment avez vous découvert le musette ?
CVDB : Moi je suis venu au musette bien plus tard que Dominique. Comme la majorité des jeunes de ma génération, j’avais horreur de l’accordéon. Dans les années 90, j’ai découvert Gus Viseur et les autres accordéonistes jazz. C’est avec les Primitifs du Futur que j’ai appris, un peu plus tard, à aimer le musette plus traditionnel. J’ai commencé à acheter de vieux 78 tours et j’ai découvert la richesse de cette musique. 
RC : J’ai toujours recherché la musique de danse des classes ouvrières, dans différents pays. C’est quelque chose qui m’a toujours attiré, sur disques 78 tours. D’abord aux États-Unis avec le jazz et les groupes de danse des années 20 et 30, et puis celle des autres pays, toujours sur disques 78 tours. En 1978, j’étais à Hambourg, en Allemagne, et je recherchais bien sûr des 78s, espérant trouver des groupes de danse de la période Weimar. Chez un antiquaire, je tombe sur deux disques français, vraiment étranges. Ils n’étaient pas chers alors je les ai pris. Quand je les ai écoutés, j’ai tout de suite compris qu’il s’agissait de musique de danse de la classe ouvrière. Un de ces disques était par Jean Vaissade, « Kangourou » sur IVE. C’était un petit disque et j’ai eu l’impression qu’il avait été enregistré dans un petit endroit, une salle de bal étriquée. Il s’est avéré que c’était vrai ! Beaucoup de salles de bal parisiennes étaient minuscules, avec parfois une toute petite estrade pour les musiciens.

Comment et quand est née cet incroyable projet de raconter son histoire ? 
DC : Avec Robert Crumb, on s’était dit que ce serait bien qu’un jour naisse un livre sur le musette. Il y a deux ans, je tombe sur des posts sur Facebook de Christian, avec des photos et des textes sur des accordéonistes pas forcément très connus. C’était bien documenté et bien écrit, alors forcément ça m’a interpellé, et je suis rentré en contact avec lui. Comme ce n’est pas souvent qu’on peut écrire sur l’accordéon, je me suis dit « Autant en faire un livre ! » On se fédère à trois, un Français, un Belge et un Américain ! Robert fait la couverture, les lettrages, les illustrations etc. Christian écrit beaucoup de choses, analyse, contextualise, monte la discographie – ce qui n’avait jamais été fait. Moi, j’avais enregistré par plaisir des interviews avec des accordéonistes dès la fin des années 80. J’ai retrouvé les cassettes et j’ai numérisé et retranscrit ce que j’ai pu, en les gardant dans leur jus tant que possible. Le projet arrive au bout. On sera content d’avoir œuvré contre l’oubli et la poubelle de l’histoire. 
RC : Pendant de nombreuses années, avec Dominique, on se disait « nom d’un chien, quelqu’un devrait nous faire un superbe livre sur le musette » Mais bien sûr, personne ne l’a jamais fait parce qu’il n’y a pas assez d’intérêt pour ça. Et c’est dommage parce que c’est un sujet très riche et très intéressant, avec beaucoup de très belles iconographies pour illustrer tout ça. Et puis il y a ce gars qui arrive, Christian, et qui dit qu’il va le faire ! Génial, allons-y ! Je serais ravi de contribuer, en faisant l’artwork, ou n’importe quoi. Enfin !
CVDB : C’est vrai que ce projet était visiblement attendu par pas mal de monde. De nombreux spécialistes se sont joints à nous que ce soit pour contribuer à l’écriture de certains chapitres, pour les recherches ou nous ouvrir leurs collections et archives privées. Nous avons mené le projet à trois mais une douzaine de personnes ont travaillé activement à sa réalisation. Des dizaines d’autres nous ont aidé à des degrés divers. C’est toute une collectivité qui a généreusement donné son temps et partagé ses connaissances et aptitudes afin d’obtenir ce résultat final.  

Pourquoi s’arrêter en 1947 ?
CVDB : Le musette subit un profond changement après la guerre.
Le swing musette se développe à partir de 1938, mais dans les bals il n’est pas très apprécié des danseurs et donc encore moins des patrons. Viseur, Murena et les autres font surtout du swing hors du travail et éventuellement sur disques ou à la radio avec des jazzmen. Ils jouent dans les bals du musette plus traditionnel ou jouent dans des formations tango… 
Avec la guerre, les  bals sont fermés et le jazz anglo-saxon est interdit. Le jazz/swing français devient très populaire et donc aussi les accordéonistes swing. Durant l’occupation, il n’existe donc qu’à la radio et sur disques.
A la libération le Swing est roi. Mais  vers 47 il meurt au niveau mondial, pas qu’en France.  Pour les amateurs de jazz c’est la période des dissensions autour du be-bop et du New Orleans. Les autres styles de jazz n’intéressent plus grand monde. La mode est passée et le grand public revient à la variété et (re)découvre les musiques typiques latino. En Europe, les amateurs de jazz, qui ont dû se rabattre sur les musiciens locaux durant l’occupation, ne s’intéressent plus qu’aux Américains. Les musiciens français sont donc en perte de vitesse et les accordéonistes tout à fait écartés. Ils doivent faire des tournées sous chapiteau en province, on ne leur demande plus que de jouer les vingt grands standards, mélangés avec le hit parade du moment. C’est en quelque sorte la mort du musette et le début de l’accordéon que la majorité des gens déteste. Évidemment, il y a encore eu du bon musette et d’excellents musiciens, mais ils ne font plus partie des standards. C’est un peu un nivellement par le bas; flons flons bruyants et paillettes.
Donc nous voulions faire des débuts à l’âge d’or, qui se termine en 47.
Le musette d’après-guerre est toujours resté prolétarien dans sa majorité. Avant-guerre disons que le musette était considéré comme une musique pour les ouvriers et le demi-monde et restait lié aux bals parisiens et à un certain milieu. Le musette de cette période pouvait être comparé au blues et aux nombreuses autres musiques urbaines à travers le monde nées à cette époque. Cette musique reflétait les sentiments et le mal-être de ces populations déracinées et rejetées de la société.  
Les années d’après-guerre, le musette est devenu la musique populaire jouée dans la plupart des bals en France. S’adressant à un public différent, les musiciens ont été forcés de jouer les rengaines exigées par cette nouvelle clientèle. Il suffit de jeter un œil sur la production discographique. Tous les accordéonistes y interprètent inlassablement le même répertoire mis à part quelques exceptions. Cette musique de variété ne reflète plus l’âme de son public, mais devient une pure musique de danse et d’ambiance. C’est évidemment plein de raccourcis, il y eut heureusement de nombreuses exceptions. 

Le livre Les As du Musette, ainsi que la compilation en double CD/double LP, séparément ou en coffret, sont en précommandes dès aujourd’hui via la plateforme de financement participatif Ulule jusqu’au 20 décembre 2022.


Et maintenant, musique ! Quelques as au travail…
Les enregistrements suivants sont issus de ma collection personnelle, avec ce que ça demande de bienveillance vis à vis de l’état des disques et de la qualité de la restauration. Ils sont proposés à titre indicatif: je n’ai nullement l’ambition d’offrir ici une histoire sonore définitive du musette. Il s’agit d’un choix purement subjectif, dans le seul but de partager quelques faces qui ont attiré mon attention.

The following recordings come from my personal collection, with all the benevolence required in regard of the condition of the discs and the quality of the restoration. They are offered here for information only: I have no ambition to offer here a definitive audio history of Musette. These are purely subjective choices, with the sole purpose of sharing a few sides that caught my attention.

Fredo Gardoni & Manuel Puig “L’Oasis” 1926
Fredo Gardoni & Manuel Puig “La vraie valse à Fredo” 1926
Émile Vacher et l’orchestre musette du Bal de l’Abbaye “Black bottom” 1928
Orchestre du Bal du Chat Bleu “Avant le bal” ~1928
Fernand Pizzanelli & orch. “Follette” ~1930
Marceau “Polka des as” 1930
Albert Carrara et son orchestre musette du Tourbillon “Souvenir d’un soir” 1930
Orchestre Royal Musette (dir. Émile Bellanger) “L’accordéon des familles” 1931
Orchestre Royal Musette (dir. Émile Bellanger) “La java de l’écrevisse” 1931
Jean Vaissade “Je reviens vers toi” 1932
Jean Vaissade “La ravigottante” 1932
Les Frères Péguri et leur orchestre musette “Tiens te voilà, comment qu’ça va?” 1932
Orchestre Star Musette d’André Loyraux “Sergent Trompette” 1936
Orchestre Star Musette d’André Loyraux “Mémère musette” 1936
Gus Viseur et son orchestre “St Louis Blues” 1940
Jo Privat et l’Ensemble Swing du Balajo “Douce ambiance ” 1946
Jo Privat et l’Orchestre du Balajo “C’est un virtuose” 1946

“Our own blues is musette” (Boris Vian)

Boris Vian’s analogy makes sense in both substance and form. Indeed, musette is to France what blues is to the United States. In both cases, the music is dance music, to bring together and entertain the working classes after a week’s work, and which speaks of their lives, hopes and sorrows. At least, that’s what musette was at its origins, when it was developed by Auvergnian and Italian immigrants in Paris in the first half of the 20th century. – From this point of view, musette could be just as close to country music, but the later was probably less well known than blues in France at the end of the 1940s – the probable date of Vian’s expression.
France having largely forgotten its recording heritage from before the Second World War, musette is no longer well considered today, being seen as music crumbling under old-fashioned clichés, forgetting its roots, its evolutions and its richness.
Against all odds, a Belgian, a French and an American embarked on writing its story! An ambitious project released a book, a 2LP/2CD compilation and a discography. It was on this occasion that I interviewed Christian Van Den Broeck, Dominique Cravic and Robert Crumb about their vision of musette, its history and on this unique project. Interviews made in September 2022 in person (RC) and remotely (DC, CVDB). English translation by Anthony Baldwin.

Dominique Cravic, Robert Crumb, Christian Van Den Broeck
Feb. 10th 2022 (picture by Claire Elzière).

How would you define musette as a musical genre ?
Robert Crumb (RC) : Musette is working class music of France of the 20’s, 30’s, ’40s, with the accordion being the lead instrument.
Dominique Cravic (DC) : Musette is social music, it’s about people getting together… like any other sort of music, in fact. Yes, it’s the accordion, it’s Paris. But it wasn’t always as simple as that. Initially it was working-class dance music that functioned at different levels of sophistication. You could play pretty tunes for dancers, but you could also be a virtuoso in the same way as any top jazz musician.

In the collective unconscious, musette is Parisian accordion music. However, well before the 20th century it started out as a bagpipe dance. How would you describe its evolution during the 20th century?
DC : A wave of migrants from the Auvergne in central France moved north to earn a living as
coal merchants in Paris, where they were about as welcome as the bubonic plague. The Auvergnian community was a sizeable one and needed its own leisure activities and entertainment. Working people had Sundays off, so they organised local get-togethers where musicians would play old Auvergne tunes on traditional instruments, like cabrette bagpipes and diatonic accordions. The groups were small — duos or trios — and the venues were a bit rough and ready. But after the long working week people wanted to socialise and have fun, and musette got them dancing.
In the course of events, Auvergnians teamed up with recent immigrants from Italy, who played chromatic accordions and had a high degree of artistry and skill. This meeting of the minds was epitomised by the wedding of one of the Italian Péguri brothers and the daughter of the Auvergnian Antoine Bouscatel. At first, the musical fruits of this collaboration were highly traditional, but under Italian influence they became increasingly sophisticated.
Christian Van Den Broeck (CVDB): Around this time, a dozen Paris-based accordionists — Coïa, the Péguri brothers, Vacher, Felhman and others — worked together to improve the instrument and perfect their own playing. They developed a new kind of dance music based on a stylistic blend of Auvergne folk idiom, Italian melodies and French hits of the day. They were in close touch with top players in Belgium and the Lille area of northern France, who brought their own musical knowledge and skills to the table, then took the new Parisian trends home with them. Although influenced by the earlier bagpipe style, accordion-musette was a new and distinct form. Later on, in the 1920s, there were some banjo and xylophone musette recordings that even dispensed with accordions altogether, but these were exceptions.
RB : What I know about musette comes from what I heard on the 78s. It doesn’t even start to turn up on record until, like, the mid-‘20s, and starts being really interesting at the end of the ‘20s – for me, anyway. And then the ‘30s are really the golden age, l’age d’or for the kind of musette I like. The old style musette — they played popular songs, even American popular songs, as well as French waltzes and mazurkas, often of Italian origin, that old European style of waltz, even Viennese waltzes. Musette becomes increasingly eclectic in the ‘30s, it gets more and more sophisticated. And then swing-musette comes along. It starts in the mid-1930s with Guerino, Tony Murena and Gus Viseur and guys like that. And that becomes a whole style by itself. The older style continued along, but that style becomes more and more corny, less interesting into the ‘40s — for my own taste.

Having been out of fashion for several decades, the genre now seems to be attracting new attention. In your opinion, is this just a generational fad or a deeper cultural reawakening? Has the fact that certain high-profile collectors like Robert Crumb are frankly enthusiastic about it contributed to this sea change?
DC : In the early 60s, rock-influenced “Yéyé” music swept across France, replacing the accordion in dance halls. The instrument still provided accompaniment for a few major singers like Jacques Brel, but accordionists seemed hopelessly dated for the youth market, and their failure to adjust to changing tastes merely compounded the problem.
In the late 1980s I launched my group, Les Primitifs du Futur, which was – and still is – about far more than just musette, but we retained some of its ingredients. Robert Crumb, who’s a great musette connoisseur himself, recorded and toured with us, helping to raise our media profile, particularly with journalists who didn’t know quite how to approach it.
In the early 1990s, Patrick Tandin’s independent La LIchère label launched the “Paris Musette” project. Producer Didier Roussin wanted to round up the best accordionists, old and new, and get them to play in more prestigious surroundings than what they’d recently been used to. There were three album releases, which combined musette-waltz standards and a few originals, backed by jazz-inflected sidemen. It all worked pretty well, with healthy disc sales and sell-out concerts — even overseas, particularly in Japan and at the Montreal jazz festival. This sparked something of a revival and a resurgence of interest in reclaiming the old cultural legacy. The media got on the bandwagon, and there was even a new show on TV called “La Chance aux Chansons”, where veteran French singers got to sing their old hits. It certainly didn’t do musette any harm.

Robert, you don’t seem to feet the revival…
RB : All I know is I don’t see it around me anywhere in this area where I live. I don’t know about Paris, but I see less and less accordion around here. It used to be, there were still people around in the ‘90s playing the accordéon, in cafés, people would sing along. I don’t see that so much anymore. Accordion is becoming more and more rare.
There is a stereotype that associates accordion music with Paris. You see it on TV in America; anything about Paris, there’s always that corny version of French accordion playing in the background. I think that French hip intellectual types are embarrassed by that stereotype of accordion music as the typical French music. So they reject that, they don’t want to have anything to do with that. They’re just embarrassed by the accordion altogether.

How did you come across musette ?
CVDB : I came to musette much later than Dominique. Like most young people of my generation, I loathed the accordion. In the 1990s, I discovered Gus Viseur and other jazz accordionists. It was via Les Primitifs du Futur that later on I learnt to appreciate and understand traditional musette. I started buying old 78rpm records and discovered the richness of this music.
RB : I was always searching for working class dance music from different countries. I’ve always been very attracted to that kind of music : working class dance music on 78 rpm. First in America with jazz and those dance bands of the ‘20s and ‘30s, then in the music of other countries recorded on 78. I was in Hamburg, Germany, in 1978, and of course I was looking for 78s, hoping I would find some Weimar era dance music. In an antique store I found two French records, very curious. They were cheap so I bought them, and when I listened to them I was like, “Wow, that’s French working class dance music!” I knew it right away. One was Jean Vaissade on the IVE label, “Kangourou.” It was a small record, and it gave me the impression that this music was played in a small space, a tiny dance hall. It turned out to be true! Many of those bals musettes in Paris were little, tiny places, sometimes with a little balcony for the musicians.

How and when did this amazing musette story project come about ?
DC : Robert Crumb and I were always telling each other that one day there ought to be a book about musette. A couple of years ago I came across Christian’s Facebook posts, which included pictures and stories about some fairly obscure accordionists. It was well written and documented, which obviously caught my eye, so I got in touch with him. As one doesn’t often get the chance to write about accordion, I thought, “Why not do a book ?”.
So the three of us joined forces — a Frenchman, a Belgian and an American! Robert supplied the artwork. Christian wrote like a demon, analysing things and putting them into context, then compiled a discography — something that had never been done before. As for me, I dug out the interview tapes that I’d starting making with accordion players at the end of ‘80s, transcribing them word-for-word as far as possible. Now the project has finally come to fruition. It’ll be nice to feel one’s saved something from the dustbin of history.
RB : For many many years, Dominic and I would say “Jeez ! Somebody should do a nice big coffee table style book about musette.” But of course, nobody ever did do it because there was never enough interest. It’s too bad because it’s such a rich and interesting subject. There’s lots of fabulous old graphics you could put in. And then along comes this guy, Christian Van Den Broeck, who says he’ll do it! Wow, OK! Let’s go! I’m happy to contribute, I’ll do some artwork or whatever. Finally!
CVDB : It’s true that there was a lot of eager anticipation for the project. A number of specialists helped us along the way, either contributing to certain chapters, providing research, or giving access to their private collections and archives. While the three of us were the project’s leaders, a dozen individuals actively worked on it. Scores of others helped us in many different ways. In fact, a whole collection of people have been extremely generous with their time, knowledge and skills to achieve this final result.

Why stop the history in 1947 ?
CVDB : After WWII musette underwent a fundamental change. From around 1938, jazz was the inspiration for what became known as “swing musette”. However, dancers didn’t really go for it, which meant that dance-hall owners liked it even less. Stars like Gus Viseur and Tony Murena played swing musette with jazz musicians on records and radio, but they did it quite separately from their regular musette and tango jobs at traditional dance venues.
During the war, dance-halls were closed, and imported jazz was mostly censored. French
jazz musicians and swing accordionists enjoyed a surge in popularity, but under the German occupation they could only be heard on records or radio.
When the Allies liberated the country in 1944, swing was king. But in France, as elsewhere, it was already going out of fashion by the end of 1947. Meanwhile, the French jazz scene was reduced to internal squabbles between be-boppers and New Orleans revivalists, other styles being largely ignored. The general public soon got bored with the situation and went back to showbiz music and latin styles.
Having been restricted to a diet of local music for the whole of WWII, European jazz buffs now ignored anything that didn’t come from the U.S. So French musicians had a hard time, and accordion was on the scrap heap. Accordionists were reduced to touring with provincial tent shows, where they were constantly asked to churn out the same handful of old standards, fleshed out with current hits. This was pretty much the death knell for musette and the beginning of a kind of accordion that most people despised. Of course, fine musette was still available, as played by the best musicians, but it was no longer part of the mainstream. Accordion had hit rock bottom: it was raucous, garish and glitzy. That’s why we wanted to cover the period from musette’s beginnings to the end of its golden age, i.e. 1947.
Post-WWII musette was still essentially proletarian. Before the war it was viewed as working-class and associated with the social fringes and Parisian “bal” nightspots. Rather like the blues, it reflected the feelings and sufferings of marginals and social outcasts. After the war, musette became more generally popular throughout the country, but it played to a somewhat different audience. As one can see from the recorded output of the time, musicians were under pressure to wheel out the same old favourites, aside from a few chart successes. Musette no longer reflected the soul of its audience. It was simply something to dance to or served as background music.
This is only a brief sketch of the situation, and fortunately there were many exceptions.

The english version of the book, called The Bal musette, and the 2CD/2LP compilation, separetly or together as a box-set, are now available for preorder from today on the crowdfunding platform Ulule until December 20.


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